Les zones de pêche

La présence de vastes forêts de mangroves (2360 km²) et de grands estuaires sur la côte ouest de Madagascar offre un fort potentiel pour la pêche du crabe Scylla serrata, en particulier dans les zones de Ambanja (Baie d’Ambaro), Mahajunga (Baie de la Mahajamba, Baie de Soalala), Morondava (Belo-sur-Tsiribihina) et Morombe (delta du Mangoky).

La région de Maintirano (Melaky) présente également de fort recouvrement en mangrove, mais à cause d’un accès difficile par la route et de son éloignement aux grandes villes du littorale (Mahajanga et Morondava), l’exploitation du crabe de mangrove est peu développée.

Les pratiques de pêches

Le crabe de mangrove est uniquement exploité par des petits pêcheurs à pied ou à l’aide d‘embarcations traditionnelles non motorisées. L’intervention de bateaux à moteur se situe uniquement au niveau de la collecte des crabes, , afin de rejoindre les sites de débarquement accessibles par route.
Les modèles d’embarcations utilisés par les pêcheurs varient peu. Il existe deux types principaux de pirogues en bois :

Les pirogues monoxyles creusées dans un tronc d’arbre, parfois surélevées de bordés et propulsées uniquement à la pagaie.

Les pirogues à balancier de type indonésien, creusés dans un tronc d’arbre ou constituées de planches, équipées d’un ou deux balanciers, et propulsées à la pagaie et/ou à la voile de type carré.

 

Pirogue monoxyle
Pirogue à balancier

La pêche au crochet cible les crabes dans leur terrier, elle se réalise à marée basse au cœur de la mangrove et sur les plateaux littoraux. L’investissement en matériel est réduit au minimum, puisque l’engin est une simple gaffe, généralement en bois. La technique utilise l’agressivité du crabe en incitant celui-ci à pincer la gaffe introduite dans le terrier pour le remonter plus facilement. Elle comporte néanmoins un risque de blesser l’animal, en lui arrachant une pince ou d’autres pattes, et d’endommager le terrier en acas de mauvaises pratiques. Cette technique nécessite une bonne condition physique pour se déplacer sous le couvert de mangrove dense.

La pêche à la balance se pratique dans les chenaux de mangrove et les estuaires peu profonds à bord d’une pirogue ou à partir de la berge. De forme conique, la balance est construite en grillage avec une armature en bois ou métallique. Le piège consiste à appâter la balance avec du poisson le plus souvent, puis elle est descendue sur le fond à l’aide d’une corde, elle-même parfois reliée à un flotteur (ce qui permet au pêcheur de poser plusieurs balances en même temps). Après 15 min d’attente, une simple traction de la corde permet de redresser les parois du piège, d’emprisonner les crabes à l’intérieur et de les remonter rapidement. Le dispositif est facile à mettre en place.

La pêche à la ligne est pratiquée à pied en bordure de mangrove, dans les chenaux et les estuaires, à faible profondeur, à marée haute ou dans les trous à marée basse. Le matériel utilisé est rudimentaire : il est composé d’une ligne et d’un hameçon ou juste d’un appât relié à une canne plantée au sol. C’est une des méthodes les plus utilisée puisqu’elle demande très peu de moyens.

La pêche à la raquette est préférentiellement utilisée à pied dans zones où la visibilité est suffisante pour apercevoir les crabes en déplacement pendant la marée montante ou descendante, par exemple dans les zones d’herbier à très faible profondeur (« à hauteur de genoux »). Les raquettes sont constituées d’un morceau de filet tendu entre des branches recourbées.

Les crabes de mangrove peuvent aussi être capturés occasionnellement par d’autres engins ciblant les poissons côtiers, comme le filet maillant, les sennes, ou dans des vonosaha (barrages côtiers) ou des valakira (piège d’estuaires en forme de V).

La filiere crabe

Longtemps considérée comme une activité secondaire voire dévalorisante (eut égard aux conditions de pêche dans les zones de mangrove) par rapport à d’autres ressources exploitées plus réputées (crevettes, poissons), la pêche du crabe de mangrove était surtout destinée à la consommation du pays, avec des exportations modestes de l’ordre de 1000 t/an jusqu’à la fin des années 2000. La filière connaît alors un regain d’intérêt, notamment pour le marché à l’export du crabe cuit congelé. Les années 2013-2019 marquent une nette évolution à la fois en termes de marchés, d’exploitation halieutique, et de gestion réglementaire de la pêcherie. L’exportation de crabes vivants devient le marché dominant, majoritairement à destination de la Chine, avec un prix à l’achat et l’export plus élevé que celui des produits congelés traditionnels, ce qui a incité une forte croissance de la pêche et du réseau commercial. Même si les statistiques disponibles ne reflètent probablement qu’une partie de l’activité, les captures semblent avoir été multipliées par un facteur 5 à 10 par rapport à la décennie précédente.